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“90% of all wine is crap. We know that. We just need to be more honest about it, with ourselves and our readers.”(*)

L’article dont vous entamez la lecture est suscité par l’envie de rebondir sur cette affirmation gratuite d’un confrère blogueur britannique, donnée en conclusion sur son site, jamie goode’s wine blog (**). Parce que son auteur se revendique journaliste, il convient de réagir, sans procès d’intention mais ne serait-ce que parce que – comme trop souvent – il s’agit d’une affirmation gratuite qui ne repose sur aucune donnée chiffrée et qu’elle met en porte-à-faux sans distinction toute une profession dont je me fais volontiers l’avocat. Quand ces propos sont donnés par un amoureux du vin, sous-entendu du bon vin, c’est dommage.

Vous pouvez le constater, cet article aurait pu s’intituler « vin et provocation ». Quel est l’intérêt de dénigrer ainsi une profession pourtant méritante ? Un viticulteur, c’est un professionnel qui donne vraiment de sa personne. Les conditions de production du vin sont devenues bien souvent, hormis pour la famille des grands crus, difficiles voire très difficiles.

D’un point de vue franco-français, où les producteurs sont astreints aux règles les plus contraignantes du monde, cette pique était peut-être dirigée vers les vins d’autres pays, notamment ceux qu’on appelle les Nouveaux producteurs : Australie, Etats-Unis (Californie), Afrique du Sud, Chili… Rappelons-le, leurs parts de marché ont beaucoup progressé en Angleterre (de mémoire, les vins français représentaient 90% du marché des vins anglais en 1990, contre environ 30% aujourd’hui). Et comme il est question des vins vendus en supermarchés dans l’article de Jamie Goode, il y a fort à parier que ses propos englobent également ces vins.

Mais ne nous leurrons pas et mettons de côté quelques instants notre chauvinisme enthousiaste et acceptons ce constat qui n’est qu’une vérité d’évidence : tous les vins français ne sont pas de qualité. On pensera notamment à certains vins de marque plus ou moins connus, dont la matière première n’est pas de première qualité, mais dont le prix inclut une marge plus importante que d’autres vins vendus au même prix (concernant ces vins de marque, le talent est donc surtout commercial).Certains vins moyens voire parfois mauvais passent encore au travers, surtout en matière d’export où les connaisseurs susceptibles d’identifier ces mauvais ambassadeurs sont moins nombreux. Même si le cas échéant ils savent le dire, on peut le constater.

Mais de là à affirmer que 90% des vins sont, je cite, « de la merde » (crap), c’est délibérément provocateur. Le titre aurait été plus juste s’il avait affirmé que 90% des vins étaient sans intérêt, affirmation avec laquelle j’aurais également été en désaccord mais dont on pourrait débattre. La subtilité est dans la nuance car ces appréciations relèvent avant tout d’un subjectivisme très personnel. Ainsi pour un même vin, le système anglo-saxon accordera 90 sur 100 quand le système classique accordera 80 sur 100.(***) Sans parler des divergences entre les dégustateurs !

Entre un vin à 30 euros et un autre à moins de 5 euros, bien sûr que l’intérêt n’est pas le même. Et la qualité non plus. Mais si un petit vin est bien fait, souple et fruité, il peut remplacer avantageusement un autre liquide incolore et inodore, et finalement insipide (le fameux « Château Lapompe »). Et agrémenter simplement un repas sans prétention. De ce simple fait, non seulement il n’est pas mauvais, mais en outre il n’est pas sans intérêt. D’autant qu’on réserve généralement les grands vins pour des occasions spéciales. Ne serait-ce pas ennuyeux

Alors la tradition française d’une consommation de vin pendant les repas n’est peut-être pas le critère d’évaluation  principal pour un dégustateur britannique. Surtout quand celui-ci est amené à déguster des vins dans son parcours professionnel. Je pense qu’une telle affirmation, reformulée, correspondrait à dire que 10% des vins sont très bons – et donc que 90% des vins ne sont pas exceptionnels.

De là à les dire mauvais, ou sans intérêt, c’est évidemment excessif car sur ces 90%, un certain pourcentage correspondra à des vins d’un bon niveau (voire proche des 10% supérieurs), un autre pourcentage à des vins assez bons, un autre à des vins effectivement passe-partout voire sans intérêt, et enfin un autre pourcentage à des vins qu’on offrirait seulement à ses ennemis.

Je pourrais étayer mes propos en m’appuyant sur la part des vins d’AOC par rapport aux vins de table, et parmi les vins d’AOC celle des vins supérieurs à 10, 15 ou 20 euros… mais je laisse à d’autres le soin de trouver ces chiffres. Ils ont assez peu d’importance : en matière de vins, c’est avant tout une affaire de goût.


(*) En français, on croirait entendre Jean-Pierre Coffe  : « 90% des vins sont de la merde. On le sait. On a juste besoin d’être plus honnête à ce sujet, avec nous-mêmes et avec nos lecteurs. »

(**) Lien vers l’article en question : http://www.wineanorak.com/wineblog/uncategorized/about-most-wines-there-is-little-to-be-said

(***) Pour une même note sur 50, les Anglo-saxons ajouteront 50 points pour avoir la note sur 100 quand une méthode classique multiplierait la note sur 50 par 2. A propos de la différence entre les notations anglo-saxone (type Parker) et française, je vous invite à consulter ce bref article :http://www.alexis-sabourin-wines.com/blog/le-systeme-de-notation-de-robert-parker-n125

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