Premières estimations sur les dégâts du gel en Gironde

Même les journaux télévisés en ont parlé. Comme de multiples régions viticoles cette année, plusieurs épisodes de gel ont donc durement frappé les producteurs girondins. Les nuits glaciales des 20 et 21 avril, puis des 26 et 27 avril, ont porté un coup sévère au vignoble bordelais. Alors que nos paysages commençaient à revêtir leur manteau verdoyant après de belles journées printanières, de nombreuses zones brunies par ces coups de froid répétés ont fait leur apparition.

Les dégâts du gel en chiffres

¤ 50 % du vignoble touchés en termes de superficie – soit 60.000 hectares touchés sur une superficie totale de 114.000 hectares pour les 60 appellations confondues. Médoc, Libournais, Haute-Gironde, Sauternais, Entre-Deux-Mers, Graves… tous les secteurs sont concernés.

¤ 30 % de la production perdue en termes de volume ; il s’agit d’une première estimation après que chaque syndicat ait fait un bilan au sein de son appellation, il faudra attendre un ou deux mois pour avoir une estimation plus fiable.

¤ 25 % des viticulteurs girondins assurés. Donc 75% de viticulteurs non assurés contre le gel. C’est beaucoup mais apparemment il y a une bonne raison (voir infra).

¤ 1 milliard d’euros de manque à gagner : c’est ce que représente en valeur le volume qui aurait pu être produit et ensuite vendu sans ces épisodes de gel. Voire 2 milliards si la moitié du volume était perdue, certains témoignages de responsables de la filière évoquant cette possibilité.

Voilà qui met les choses en perspective. D’autant que, bien souvent, les viticulteurs ne sont pas assurés contre le gel. Et encore, c’est oublier les différents partenaires de la filière, par exemple les tonneliers qui auront moins de commandes.

Des viticulteurs mal assurés… ou des assurances inutiles ?

La vague de froid a mis en exergue un phénomène pour le moins paradoxal : alors que le gel est une des menaces sérieuses dans leur activité, de nombreux vignerons se dispensent d’assurance. 25 % seulement seraient assurés. Cela parait contraire au bon sens dans un métier soumis aux aléas climatiques. Les vignerons sont-ils pour autant à blâmer ? Pas dit.

30 ans séparaient les deux précédents gels marquants qui ont eu lieu en 1961 et en 1991. 26 ans nous séparent donc du dernier épisode ce qui permet d’entrevoir un mécanisme cyclique à défaut d’être récurrent. Du côté des assurances, il semble nécessaire d’évoquer le niveau des franchises.

Dans l’hebdomadaire Haute-Gironde du vendredi 28 avril, plusieurs viticulteurs témoignent en effet de l’inutilité de prendre une assurance. Ils comptent sur leur stock pour tenir le coup. Si on regarde de plus près, le journal cite un autre vigneron qui livre un calcul intéressant. Je me permets d’en rapporter ci-dessous la teneur car cela permet de mettre en relief l’opportunité réelle d’une assurance.

Ce viticulteur exploite donc 30 hectares qu’il protège avec une assurance multirisques : sécheresse, tempête, grêle, gel et incidents climatiques. Pour un coût annuel de 10.000 euros, certes un bel investissement, mais a priori frappé au coin du bon sens – le choix de la sécurité. Or 10 hectares ont gelé – soit le tiers de son vignoble – et il ne touchera aucune indemnisation : la franchise est trop élevée ! Sur la base d’une vente de vrac au négoce, c’est-à-dire au prix le plus bas, la perte sèche est de 66.000 euros. On comprend qu’il hésite à continuer de s’assurer dans ces conditions. Et que 75% des viticulteurs bordelais l’aient déjà précédé en ne s’assurant pas, ou en arrêtant de s’assurer.

Un manque à gagner sur les marchés étrangers

Les conséquences sont donc lourdes, d’autant que l’an prochain certains pieds seront encore affectés. Par endroit, il faudra même replanter. Quant aux débouchés commerciaux, essentiellement sur les marchés export, si on parle d’un manque à gagner immédiat, ce sont aussi des parts de marchés que les concurrents vont pouvoir saisir. Et que la filière bordelaise devra reconquérir, difficilement dans un contexte de concurrence accrue à l’international.

Dans leur malheur, certains viticulteurs ont eu la bonne surprise de voir la maison de négoce libournaise Jean-Pierre Moueix annoncer une hausse de 100€ du prix au tonneau pour ses achats en vrac auprès de ses fournisseurs. Une décision concernant également de manière rétroactive les achats déjà effectués. Et motivée par un élan de solidarité qui s’explique peut-être par le fait que la famille de Christian Moueix est également productrice. Saluons cette initiative en souhaitant qu’elle inspire d’autres confrères du viticulteur-négociant.

 

Sources

https://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/0212039345130-vin-le-gel-a-detruit-au-moins-30-de-la-recolte-dans-le-bordelais-2084641.php

https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/gel-des-vignes-pres-de-2-milliards-d-euros-de-perte-pour-la-filiere-les-viticulteurs-cherchent-des-solutions-1494007900

http://www.sudouest.fr/2017/05/04/gel-dans-le-vignoble-bordelais-au-moins-30-de-recolte-perdue-3416975-2780.php

http://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux-metropole/bordeaux/gironde-reunion-crise-apres-deux-episodes-gel-avril-1247285.html

http://www.terredevins.com/actualites/gel-gironde-lheure-premier-bilan/

Pour consulter la carte provisoire établie par la Chambre d’Agriculture de la Gironde sur les zones touchées : http://www.aqui.fr/bib/fichiers/fic_id_29116.pdf

Et enfin l’hebdomadaire local Haute-Gironde (qui porte le nom de la région qui couvre le Blayais, le Bourgeais et le Cubzaguais – soit les territoires environnant les villes de Blaye, Bourg sur Gironde et Saint-André de Cubzac qui englobent notamment les appellations des Côtes de Blaye et Côtes de Bourg).

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