VINEXPO 2015 : François Hollande en désaccord avec Marisol Touraine ?

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Alors que Vinexpo Bordeaux 2015 ouvre ses portes demain et que sa ministre de la Santé se plaint du récent « détricotage » de la loi Evin, François Hollande est le premier Président de la République en exercice à honorer le salon mondial du vin de sa présence. Lourd désaveu pour Marisol Touraine ou signe d’encouragement fort à une filière touchée par la crise comme tant d’autres, c’est un message trouble qui est envoyé par nos dirigeants actuels au monde viticole.

En effet, contrairement à ce qu’on peut lire dans un titre de Nice Matin (1), non, le lobby viticole ne rit pas. Il est soulagé. La loi Évin, en assimilant la communication et la publicité sur le vin, était source d’une grande insécurité juridique pour les acteurs de la filière viticole. Souvenons-nous de ce projet de loi qui voulait carrément interdire toute communication autour du vin… sur internet ! (2) C’est plutôt comme s’il y avait un lobby antiviticole désireux d’éradiquer un pan entier de notre économie.

C’est un autre débat mais en plus de cela la consommation de vin nécessite de se familiariser avec ce produit pour l’apprécier, et cet apprentissage s’inscrit contre une consommation rapide et inconséquente. S’il y a certains produits que les consommateurs apprécient uniquement pour l’alcool, avec le vin c’est différent. Mon père viticulteur m’a toujours incité à apprécier le vin pour ses qualités intrinsèques, et à savoir qu’il contient de l’alcool et donc à faire attention avec ma consommation. Les professionnels de santé pleurent ? Oui une consommation excessive d’alcool est mauvaise, mais certains ont du mal à faire la part des choses et – les mêmes causes engendrant les mêmes effets – les prohibitionnistes seraient bien avisés de se pencher sur les effets pervers de la Prohibition américaine…

En émoi, la filière avait su se mobiliser en se dotant enfin avec l’association Vin & Société d’un véritable lobby capable de la défendre (2′) pour faire avorter une mesure mortifère pour un secteur moribond : à côté des grands domaines, une majorité de producteurs sont à la peine. A Bordeaux, les crus les plus prestigieux (moins de 5%) appartiennent de moins en moins à des familles de vignerons et de plus en plus à des investisseurs extérieurs, financiers et multinationales en tête. Il y a une viticulture à plusieurs vitesses dans notre pays et imaginer qu’il s’agit d’une activité rentable par nature est une erreur complète.

De nombreuses propriétés ont des difficultés à s’adapter à un monde en mutation qui engendre des conséquences dommageables tant sur le marché interne que sur les marchés internationaux : si des opportunités se créent, la concurrence est rude. Le contexte national est marqué par une diminution de la consommation et si l’export apparait comme un palliatif compensatoire, seuls les vins les plus chers grâce à leur renommée et les moins chers grâce à leur positionnement trouvent vraiment leur place. Les autres sont trop chers, ou pas assez.

Mais, qu’ils soient vins de table ou vins d’exception, tous contribuent au rayonnement culturel de la France dans le monde car le vin reste pour les francophiles comme pour les autres un des symboles de l’art de vivre à la française. Au-delà des mots, cela se traduit concrètement par le développement de l’oenotourisme qui répond à une véritable demande et par l’arrivée d’investissements étrangers sur notre territoire. La Cité du Vin actuellement en construction en est l’incarnation puisqu’elle accueillera 400.000 visiteurs par an dès 2016, renforçant encore la place de Bordeaux comme capitale mondiale du vin.

Alors quand notre ministre de la Santé dénonce dans Le Monde (3) « un coup dur porté à la santé publique » et déplore que « la loi Macron serve à détricoter la loi Evin », on se dit qu’elle est en marge des réalités économiques, des réalités tout court. « Je ne comprends pas », a-t-elle ajouté devant les caméras de nos chaînes d’info nationales… Il est dommage que quelqu’un d’a priori aussi brillant nage dans un tel flou artistique ! C’est pourtant simple, s’il s’agit du même monde viticole, un amalgame total est fait par les associations de santé entre le vigneron qui rame, qui peut communiquer mais pas s’offrir de la publicité, et les grands groupes qui ont intérêt à en faire pour promouvoir leurs marques d’alcools forts… bien souvent destinées à un autre public que celui des amateurs de vin. Et là encore, tous les spiritueux ne se valent pas. Mais bon, le message est subtil et peut(-)être difficile à entendre pour des personnes qui considèrent que la plus infime quantité d’alcool est déjà un mal irréversible.

Au final, la venue de François Hollande au salon Vinexpo est donc un signe encourageant pour la filière. Le côté épicurien du Président aura échappé à peu d’entre nous, de même que son régime pré-campagne présidentiel peut être interprété comme un signe de sa volonté de prôner une certaine modération. Inversement, sa venue aurait pu être incomprise dans le cas où un mauvais signal aurait été envoyé à la filière. Pour l’instant, c’est encore l’incertitude qui domine. En attendant, les professionnels du vin pourront se rencontrer sur le Salon Vinexpo du dimanche 14 juin au jeudi 18 juin 2015.


(1) http://www.nicematin.com/france/loi-evin-modifiee-le-lobby-viticole-rit-les-professionnels-de-sante-pleurent.2247236.html

(2) Vin & Société est la première association à rassembler toute la filière viticole. Elle avait su créer un mouvement fort et rapide pour faire reculer un projet dangereux pour la filière viticole, à savoir l’interdiction de pouvoir communiquer autour du vin sur internet (autant dire que ce blog serait devenu illégal) :

https://alexissabourin.wordpress.com/2013/09/26/ce-qui-va-vraiment-saouler-les-francais/

(3) http://www.lemonde.fr/sante/article/2015/06/11/la-loi-evin-modifiee-contre-l-avis-du-gouvernement_4651577_1651302.html

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