La mode du descriptivisme forcené des arômes du vin

On est aujourd’hui tombé dans la mode ou plutôt le piège d’un descriptivisme forcené des arômes du vin dont la compréhension devient hors de la portée de l’amateur néophyte. Un élément ressort de mes propres lectures : le ton général sur le vin, souvent dans la presse mais pas uniquement, est assez élitiste. Le vin est un sujet qui peut paraitre rapidement complexe et on en rajoute encore ! Mon discours se met à la portée des lecteurs – d’après eux, ou plutôt : d’après vous. En général, vous avez des connaissances moins étendues que les professionnels de la filière (c’est encore heureux, chacun son jardin).

Ok, l’approche du vin est souvent compliquée…

C’est peut-être ce qui explique le succès des cours de dégustation. Mais à ce stade, on pourrait presque penser à un complot de la filière pour mettre en avant ces fameux cours. Une histoire de business alors ? Plutôt d’un étalage de savoir, il y a quelque chose de confituré dans cette histoire.

Sérieusement, rendre compliqué ce qui est finalement assez simple, voilà qui peut devenir décourageant : les qualités du vin englobent certes ses arômes, son goût, mais concernent également, sa texture, sa structure et son équilibre général. Pour moi ce sont les quatre axes d’appréciation majeurs d’un vin : son goût, sa texture, sa structure et son équilibre. Alors, pourquoi tout résumer aux seuls arômes ?

Les arômes livrent des informations essentielles sur le vin

Pour forcer le trait, voici quelques questions qui devraient paraître à première lecture dans les comptes-rendus journalistiques, aussi brefs seraient-ils : a-t-on affaire respectivement à un vin fruité ou boisé avec des arômes agréables, mûrs, ou bien végétaux, herbacés… un vin aux tanins souples, veloutés, soyeux, ou au contraire des tanins fermes et râpeux… un vin léger ou puissant… un vin équilibré, bien fait, ou alors marqué par l’acidité ou l’alcool…

S’agissant du bois, le vin peut avoir été élevé uniquement en cuve, mais dans les autres cas la prise de bois est soit maîtrisée… soit trop marquée : au niveau aromatique, trop de bois masque le fruit, mais cet excès a des incidences également sur la texture du vin. En effet les tanins pourront être trop astringents, souvent asséchants en fin de bouche, durs, voire râpeux (avec un effet surprenant et désagréable de « langue de chat » sur le palais). La présence indiscrète du bois peut procéder du jeune âge du vin, sinon elle peut vouloir masquer un défaut, comme un manque de maturité du vin (ou plutôt du raisin).

Bien sûr, l’exercice est difficile même dans un contexte professionnel car il faut alors distinguer des dizaines voire centaines de vins et ceux qui sont mis en avant sont généralement de bonne qualité. Au final, les arômes seraient-ils devenus le meilleur moyen de distinguer chaque vin ? Pourtant, leur appréciation est subjective ! J’ai en mémoire, si celle-ci est bonne, ces propos d’un ami qui sait déguster : « eux parlent de myrtille, j’y vois de la groseille, on ne va pas se disputer pour si peu : la qualité est là ». C’est bien ce qui compte.

Les arômes dans la notation des vins : nécessaires mais insuffisants

La seule description du profil aromatique des vins est insuffisante pour justifier une note : elle sert avant tout à dire si la vendange était mûre ou pas et si le rapport entre le fruit et le bois est équilibré (ou pas). Une récolte trop précoce est perceptible au goût, en particulier quand on retrouve ces arômes verts, végétaux, herbacés… Et cela est identifiable au nez bien souvent sans passer par la dégustation du vin, et c’est précisément ce qui me gêne : le vin est fait pour être bu, pas pour être senti.

Ni pour être vu d’ailleurs : je suis le premier à être impressionné par une robe d’un rouge profond confinant au noir mais, tout comme le profil aromatique du vin, l’aspect de sa robe prend trop d’importance dans la notation. Évidemment, un vin trouble ou dépourvu de nez… ça fait tâche et c’est normal. Mais le stade visuel est celui de la première impression et le stade olfactif livre seulement une approche superficielle, également en surface. Pour aller au fond des choses, il faut passer à la dégustation qui consiste bien en l’art de goûter. Sinon, après tout, on emploierait un autre vocable.

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