Comment l’Afrique pourrait devenir le prochain débouché mondial des vins et spiritueux ? 2/2

En 2010, j’ai visité La Ferme Rouge au Maroc. En fait de petit domaine viticole familiale, plutôt une grande exploitation à la pointe du modernisme. Sur place, des investisseurs français donnaient leurs instructions à une équipe locale. Si la fuite des cerveaux concerne particulièrement la filière viticole car les œnologues français s’exportent bien, un transfert de compétences s’opère également quand ce sont nos entreprises et leurs dirigeants qui s’exportent. C’est naturel et cela participe à l’essor de la culture du vin sur des terres hier encore vierges de toute vigne.

Une impression de déjà vu

Pour ma part, je prédis en Afrique et avec les Africains une évolution semblable à ce qui s’est passé en Chine et avec les Chinois. Il faut plutôt se réjouir de cette évolution car le marché national français est structurellement limité. La suite, on la connait : la Chine est un pays-continent qui est passé en quelques années du statut de marché potentiel à nouveau débouché puis eldorado, avant de s’asphyxier soudainement. Tout cela en à peine deux décennies, entre 1995 et 2015.

L’inflation du prix des grands vins

Gros inconvénient pour les amateurs, nos vins les plus réputés atteignent des prix galactiques sous l’effet d’une demande toujours plus élevée. Il y a donc, cela va de pair, une raréfaction des meilleurs vins et une hausse des prix. De fait, les locaux (là il s’agit de nous, petits frenchies) qui pouvaient s’offrir un premier cru classé en 1980 pour 200FF (30€) doivent aujourd’hui débourser plusieurs centaines d’euros pour le même flacon. Ce phénomène touche bien entendu le Bordelais mais toute région mondialement connue. Le classement de la Bourgogne et de la Champagne à l’UNESCO devrait confirmer cette tendance. Et si le Pomerol Petrus était le vin le plus cher du monde il y a quelques années encore, il s’est fait dépasser par pléthore de crus bourguignons, dont les volumes lui sont certes inférieurs. Effet domino oblige, après les Bordeaux, en grande partie à cause de l’inflation des prix, les étrangers fortunés (Chinois en tête) ont donc porté leur dévolu sur les Bourgogne.

Une évolution en réalité souhaitable

Il faut rester pragmatique car depuis 1980 la qualité a beaucoup augmenté et la France regorge de grands vins encore accessibles. L’export est bon pour notre balance commerciale et génère de l’activité. Faisant connaitre nos vins de par le monde, il attire ensuite des investisseurs étrangers. Les vignes ne sont pas délocalisables et ces investissements sont bons pour le maintien de l’emploi et la préservation des vignobles. Les Chinois envahissent le Bordelais ? Tant mieux alors ! Et rassurez-vous s’ils ont acheté une centaine de châteaux en Gironde en vingt ans car le département compte plus de 7.000 exploitations viticoles. Pour diverses raisons le phénomène va ralentir. Il s’agit seulement d’une nouvelle vague d’arrivants qui, après les Anglais, les Hollandais, les Allemands, les Américains ou nos amis Belges, ont participé à la renommée mondiale des vins de France et de Bordeaux en particulier.

La culture du vin est universelle

L’Afrique est certainement la prochaine région du monde qui s’intéressera à nos domaines viticoles. Produit noble nécessitant un véritable savoir-faire, revêtant en cela une dimension artistique, le vin est synonyme de savoir-vivre. Récemment c’est un homme d’affaires indien qui s’intéressait à la fois à l’acquisition d’un vignoble et du club de football des Girondins de Bordeaux(1). A mettre au conditionnel bien entendu mais nous en verrons passer d’autres ! Avec l’Inde justement puis l’Amérique du Sud… l’industrie viticole française comme le disent les Anglo-Saxons a encore de beaux jours devant elle.


(1) Je citerai ces deux sources complémentaires :
Bordeaux aux mains d’un Indien ?, article paru le 14.05.2015 sur Sport24.lefigaro.fr
–   Un investisseur indien intéressé par les Girondins de Bordeaux ?, article paru le 15.05.2015 sur Ecofoot.fr (un blog sur l’économie du football)

Cet article fait suite à une partie 1/2, qui est la traduction d’un texte original en anglais sur le marché du vin en Afrique. Retrouvez la partie 1/2 ici :

Comment l’Afrique pourrait devenir le prochain débouché mondial des vins et spiritueux ? 1/2


One thought on “Comment l’Afrique pourrait devenir le prochain débouché mondial des vins et spiritueux ? 2/2

Laissez votre commentaire !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s