Chine : Le réveil d’un géant du monde du vin

Il y a un an, une journaliste néo-zélandaise m’avait interrogé sur les vins chinois. Or j’ai récemment découvert qu’elle a publié un article sur Wine-Searcher.com où elle me cite notamment aux côtés de… Michel Rolland ! Le plus célèbre œnologue du monde ainsi que plusieurs professionnels du vin tel le critique australien Jeremy Oliver ou moi-même y apportent leur éclairage dans le cadre d’une véritable enquête sur l’émergence des vins chinois. Pour célébrer ce petit coup de projecteur, en même temps que la barre des 50.000 pages lues sur le blog, je vous propose une traduction de cette publication.

C’est un article qui a été publié sur le site du Wine-Searcher et rédigé il y a environ 1 an par Erica Berenstein, prometteuse journaliste video-reporter que je tiens à remercier pour m’avoir permis de le traduire et publier sur mon blog. Merci également pour son autorisation au site néo-zélandais du magazine Wine Searcher (et particulièrement à Rebecca Gibb) sur lequel vous trouverez l’article originel, en anglais, avec le lien suivant :

https://www.wine-searcher.com/m/2012/09/the-wine-world-s-waking-giant

NB : Vous trouverez quelques critiques de dégustation de différents professionnels du vin en fin de page. Si j’ai l’occasion de goûter des vins chinois par la suite, j’y reviendrai. Si vous-même en avez déjà goûté, vos impressions sont les bienvenues parmi les commentaires.

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Des bijoux aux avions de chasse, la Chine adore reproduire les objets les plus recherchés de l’Occident. Mais peut-elle appliquer la formule pour produire des vins de qualité ? Erica Berenstein a mené l’enquête.

Publié le Vendredi 14 septembre 2012 sur Wine-Searcher.com

Les experts s’accordent pour dire que le monde de la vinification et de la viticulture en Chine est encore un vrai Far West, avec beaucoup de vignes plantées dans les mauvais endroits et beaucoup de ce qui se produit condamné comme défectueux, contrefait(1) ou tout simplement imbuvable.

Alors quand, au cours d’un séminaire de Vinexpo 2012 à Hong-Kong, un membre du public a demandé au célèbre consultant vinificateur Michel Rolland, ce qu’il manquait aux producteurs chinois pour produire des vins haut de gamme, celui-ci sourit et répond: « C’est un long chemin »(1).

 « Je ne sais pas encore si la Chine est capable de produire de grands vins », a déclaré Michel Rolland, qui est intervenu à titre de consultant pour les leaders de la filière(2) : Great Wall et Dynasty. « Certes, étant donné l’immensité du pays, il y aura une région où les vignes pousseront beaucoup mieux, et beaucoup mieux que ce que nous connaissons aujourd’hui. »

Selon l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (l’OIV), la Chine est le sixième producteur de vin mondial. Cependant, la plupart des terres plantées ont un terroir hostile(3), caractérisé par des températures extrêmes, de l’humidité et des pluies d’été qui induisent un risque élevé de destruction des plantations à cause des maladies fongiques.(4)

La région que beaucoup considèrent comme la plus prometteuse est le Ningxia, qui est situé dans le centre-nord de la Chine, avec des étés chauds et secs. La région lutte contre la désertification, et l’agriculture locale repose sur les anciens systèmes d’irrigation du Fleuve Jaune, qui court le long de sa côte orientale.

Le premier vin chinois à recevoir une distinction importante à la cérémonie des Decanter World Wine Awards, en 2011, était le Jia Bei Lan 2009 de la cave(5) Lan Qing de He Xue dans le nord du Ningxia. En tant que gagnant dans la catégorie « assemblage bordelais »(6), il a battu des centaines de vins provenant de Bordeaux-même.

Misant sur le potentiel du Ningxia, Moët-Hennessy, le géant international des boissons, a commencé à y exploiter 163 hectares de vignes pour produire du vin mousseux de qualité dans le cadre d’un partenariat avec une société d’État de développement agricole.

Installé en Chine, le consultant Nicolas Carré a déclaré au journal Le Figaro que la topographie et les sols graveleux du Ningxia en font « un environnement parfait pour la vigne. » Mais même le vigneron derrière le vin primé Jia Bei Lan, le professeur de science alimentaire Li Demei, souligne qu’avec des températures hivernales moyennes oscillant autour de -20°C, le Ningxia présente une configuration très différente de Bordeaux. En comparaison, les régions les plus froides de France chutent à une moyenne d’environ 0°C en Décembre et Janvier.

 « Nous avons beaucoup de difficultés à obtenir des raisins de qualité en raison du climat extrêmement difficile », selon Li Demei. « Je ne pense pas que le vin chinois puisse rivaliser avec les vins internationaux haut de gamme. »

Le domaine He Lan Qing Xue produit seulement 1.000 caisses de son millésime primé (12.000 bouteilles), qui a été principalement été écoulé entre le gouvernement du Ningxia (co-propriétaire de l’exploitation) et le distributeur du vin, The Wine Republic.

Li Demei précise que les producteurs du Ningxia doivent recouvrir leurs vignes (de terre) chaque hiver pour les protéger du froid, et les découvrir à chaque printemps. Cette méthode – qui est également utilisée dans certaines parties du Canada – rend extrêmement difficile la gestion du feuillage, la croissance des plants et le maintien de la vigueur des vieilles vignes.

Le principal cordon productif doit être maintenu au ras du sol, et les pousses doivent être arrachées pour recréer le couvert végétal à chaque printemps. Ils sont ensuite repliés vers le bas, et enterrés sous environ 30 centimètres de terre ou de sable avant que les températures négatives s’installent. Après quelques années, lorsque les rameaux commencent à devenir ligneux et inflexibles, les nouvelles pousses doivent être conduites pour prendre leur place.

Malgré le défi viticole que représente l’enfouissement des vignes, les vins de régions comme le Xinjiang (une autre région avec des hivers très durs que le gouvernement pousse à produire du vin) ont eux aussi remporté des prix internationaux.

Les vins de garage du Ningxia ont ainsi surclassé plusieurs vins de Bordeaux dans une dégustation à l’aveugle organisée fin 2011 à Beijing (Pékin), avec des juges français et chinois(7), même si certains croient que la dégustation a été organisée pour mettre en valeur les vins chinois.

« Les vins français étaient des marques commerciales produites par millions de bouteilles, tandis que ceux du Ningxia étaient issus de petites productions», explique Alexis Sabourin, du Château Crusquet Sabourin dans le Bordelais(8). Celui-ci estime que le prix des Decanter Awards 2011 « prouve que la Chine peut produire du bon vin. La question qui demeure étant de savoir si elle peut produire de grands vins ».(9)

Lors de la dégustation à l’aveugle de Beijing, le Summit 2009 (litt. Le Sommet) de Jia Bei Lan produit dans la cave Silver Heights du Ningxia a terminé troisième – un vin cité comme favori par plusieurs professionnels étrangers interviewés pour cet article (voir les commentaires de dégustation en fin d‘article). La première place est revenue aux Vignobles Grace et à leur Chairman’s Reserve 2009 (litt. La Réserve du Président), un vin originaire du Shanxi, une province du nord caillouteuse bénéficiant d’étés plus doux et secs que la plupart des autres. Comme le Ningxia, cependant, le Shanxi souffre d’hivers très froids, avec une température moyenne en Janvier de l’ordre de -12°C.

Les Vignobles Grace ont été créés il y a 15 ans par une entreprise familiale qui s’est associée au groupe espagnol Torres(10). Il s’agit du producteur chinois le mieux représenté sur la carte de la réputée Maison Boulud, avant-poste à Beijing du célèbre restaurateur Daniel Boulud.

 « Il est important de proposer quelque chose dont nous pouvons être fiers d’ici sur le marché chinois », explique le chef et sommelier californien du restaurant, Brian Reimer.

Comme il demandait à goûter un vin chinois, le réalisateur Francis Ford Coppola qui est également producteur dans la Napa Valley en Californie, s’est vu servir les vins des Vignobles Grace par La Maison Boulud. « Nous lui avons donné une caisse et il en a finalement emmené trois de plus dans son jet privé», raconte Brian Reimer.

Les Vignobles Grace récoltent aussi les fruits de plantations faites dans le Ningxia et le Shaanxi (une province de l’ouest du Shanxi, du même nom), deux provinces où il leur faut enfouir leurs vignes en hiver – une façon de faire inacceptable pour certains vignerons.

Quand le producteur grec Mihalis Boutaris (le groupe familial Boutari est reconnu comme le meilleur producteur de Grèce) est allé à la recherche du meilleur terroir chinois potentiel, il a refusé de planter partout où enfouir la vigne en hiver était nécessaire – une technique qu’il qualifie « d’insoutenable» et « de bêtise colossale. » Après des mois de recherche, le groupe Boutari s’est installé sur la partie sud-est de la province du Gansu, à l’ouest du Ningxia, où il a planté des vignes avec un partenaire chinois, Mogao Winery.

L’infrastructure et le niveau de développement dans le Gansu sont loin derrière ce qu’on peut voir sur la côte Est chinoise, ce qui rend difficile la conduite d’une exploitation dans cette région. Toutefois, le Gansu a le climat le plus proche d’un climat tempéré que Mihalis Boutaris pouvait trouver.

Les étés sont un peu pluvieux mais ne sont pas trop chauds, et les hivers ne sont pas trop froids. Une forte variation des températures entre le jour et la nuit donne aux baies un meilleur potentiel pour conserver l’acidité et obtenir une couleur plus foncée, des tanins plus fermes et des arômes plus parfumés. Les vignes de la famille Boutaris ont seulement deux ans, de sorte que la preuve sera dans le fruit, mais il a de grands espoirs pour son projet (NB : il faut en effet attendre 3 ans pour produire son premier millésime).

 « Il y aura quelque chose de tout à fait unique concernant ce vin, parce que le climat est différent de tout autre pays viticole, et de toute autre appellation du vin », affirme M. Boutaris. Mais il prévient que l’hostilité du terroir est juste un frein parmi tous ceux qui pourraient entraver le développement en Chine de dynasties du vin dans le style européen.

 « Le climat n’est pas la seule contrainte cardinale », explique ce vigneron de cinquième génération. « Par exemple vous ne pouvez pas posséder des terres. Donc, vous ne pourrez jamais construire un héritage. »

Déjà à ce stade, même à la première étape – la question de savoir où s’implanter – est encore très débattue. « Le Ningxia est évidemment la saveur de l’instant », explique le critique australien Jeremy Oliver, le premier occidental à écrire un livre sur le vin publié en mandarin pour le marché chinois. « Mais je pense qu’avec le temps les gens iront plus au nord. »

M. Oliver rapporte ainsi que plusieurs consultants viticoles australiens travaillant en Chine se concentrent actuellement sur la Mongolie Intérieure. « Apparemment, ils pensent qu’on y trouve des endroits sensationnels pour la viticulture. » Le fait est qu’il n’y a pas une âme qui vive dans cette région du Nord de la Chine. » C’est difficile à vendre à un gouvernement communiste qui « voyait la viticulture encore récemment surtout comme un moyen de créer de l’emploi ».

Un professionnel du vin étranger qui a travaillé en Chine dit qu’il a « un bon feeling » à propos de la plupart des sites choisis par les sociétés occidentales pour y planter des vignes. Selon lui, les entreprises qui importent des marchandises en Chine se sont très probablement installées dans des terroirs peu favorables à la suite de pressions politiques exercées par le gouvernement chinois.

Dean Xu, professeur de gestion à la China Europe International Business School de Beijing, estime que c’est effectivement probable. Dean Xu reconnait que ce n’est « pas un secret » que les dirigeants provinciaux sont sous pression pour attirer dans leur région des investissements directs étrangers.

 « Du point de vue du gouvernement, bien sûr, il est préférable pour les entreprises étrangères d’avoir des installations de production ici pour créer de l’emploi localement et apporter une contribution à la croissance du PIB. »

Et du point de vue des entreprises, avoir un pied en Chine peut y favoriser l’importation de leurs vins et liqueurs produits en dehors du pays. « Ils peuvent utiliser une compagnie locale pour établir des canaux de distribution ou traiter avec le gouvernement et des partenaires locaux », explique Dean Xu, qui ajoute que traiter avec le gouvernement chinois n’est pas facile.

Un rapport Néo-Zélandais sur le 12e plan économique quinquennal chinois prédit un resserrement imminent sur ​​les importations par le gouvernement de Beijing étant donné que celui-ci essaie de développer sa propre industrie vinicole. Cependant, Dean Xu croit savoir que la demande pour les biens produits localement a ralenti ces dernières années.

Le potentiel infrastructurel et touristique semble également jouer un rôle dans le choix de la région d’élection. Le producteur français Château Lafite Rothschild a commencé à implanter un vignoble en Chine en 2011. La société a opté pour une zone où les infrastructures étaient bien développées mais avec un terroir difficile à exploiter. Cependant, un porte-parole de Lafite affirme que le gouvernement n’a pas pesé sur le choix de l’emplacement.

Après une recherche de 15 ans, Lafite a planté ses premiers 30 hectares de vignes – la plupart en cabernet – sur de belles terrasses de couleur ocre dans la province du Shandong. Son partenaire local, CITC, un groupe d’investissement appartenant à l’État, détient une participation de 30% dans l’entreprise.

Le Shandong est la principale région chinoise productrice de vin ainsi que la plus longue histoire du pays en matière de… vinification moderne. Mais en raison de sa situation sur la côte orientale, elle est sujette à des moussons maritimes, des étés et des automnes chauds et pluvieux, et des conditions humides qui favorisent le développement des nuisibles et la pourriture des fruits.

Le directeur du projet de Lafite, Gérard Colin, dit que les repérages de ces zones d’implantation doivent prendre en compte les avantages stratégiques qui permettraient à la cave d’être « non seulement un centre de production, mais aussi un lieu d’accueil et un centre de relations publiques pour promouvoir la gamme des produits DBR [Domaines Barons de Rothschild] ».

Le gouvernement chinois a également identifié le potentiel oenotouristique dans le Shandong et prévoit d’y investir plus de 1 milliard de renminbi (157 millions de dollars) dans un centre culturel d’environ 550.000 mètres carrés dédié à la culture du raisin et du vin dans le monde et qui sera construit dans le parc des expositions de Penglai, dans la partie nord-ouest de la péninsule de Shandong.

Selon Lafite, une étude de l’ingénieur agronome Olivier Trégoat visant à cartographier son site à Penglai a été positive. Il en ressort que, malgré les difficultés engendrées par le fait que 80% des précipitations annuelles ont lieu pendant la période de croissance de la vigne, la douceur des températures mi-Septembre et durant Octobre offrent aux raisins une longue période de maturation.

Cela signifie qu’ils sont en mesure de développer les anthocyanes et polyphénols, ces substances chimiques qui contribuent à la couleur d’un vin et favorisent les niveaux de tanin. Le choix de versants exposés au Sud et le drainage des sols sont censés réduire l’impact des fortes pluies.

Alors que les parcelles ont été plantées en 2010, Gérard Colin a déclaré à l’AFP: « Nous cherchons à faire le meilleur vin possible, mais pas nécessairement le meilleur vin du monde. » Le premier millésime est prévu aux alentours de 2015.

Une question primordiale si l’on considère que le succès potentiel d’une production de vins premium sur le sol chinois repose sur la capacité des produits chinois à capter l’attention du marché intérieur. L’essentiel des 3,9 milliards de litres de vin bus par les Chinois en 2011 correspondait à du vin bon marché, du rouge produit localement et vendu en vrac, mais les consommateurs qui peuvent se permettre d’acheter du vin de qualité premium désirent autre chose que le vin local.

 « La plupart des gens qui parlent des vins fins chinois sont des professionnels du vin », explique Wendy Wang, une importatrice chinoise de vins français basée dans la province du Fujian. « Ils sont intéressés par les vins chinois, et ils essaient de trouver quelques bons vins de notre région. »

Les habitudes de consommation liées à l’alcool semblent changer. Une étude de 2011 effectuée par le chercheur indépendant Euromonitor a montré que, en Chine, le vin bas de gamme (coûtant moins de 20 renminbi, ou 3,15 $ le litre) perdait des parts de marché face aux vins de qualité supérieure (au prix de plus de 50 yuan, soit 7,85 $ le litre). Jusqu’à présent, cependant, les marques importées l’emportent encore.

Chez Rare & Fine Wines, un magasin à Hong Kong où les meilleures ventes se font en Bordeaux, le directeur du magasin Vincent Woo rapporte que les Vignobles Grace sont le seul producteur chinois que l’on retrouve sur ses étagères. « Nous avons uniquement ceux-ci, donc je n’ai aucune idée sur les vins chinois haut de gamme», dit-il. « Peut-être qu’un seul client sur 100 ou un seul sur 1000 recherche vraiment ça. »

Mihalis Boutaris dit même qu’il n’arrive pas à convaincre les Chinois de déguster les vins locaux qu’il a produit à la Mogao Winery sous l’étiquette Sunshine Valley. Les ventes de cabernet sauvignon 2009 et de pinot noir 2009 sont presque exclusivement réalisées avec des hôtels cinq étoiles et des restaurants à Shanghai et Beijing, où ils sont servis à des clients occidentaux, qui « en fait goûtent le vin juste pour pouvoir l’évaluer. »

Une preuve anecdotique, couplée au rapport Euromonitor, suggère que pour les clients chinois le prestige de l’étiquette et des millésimes sont les facteurs les plus importants dans le choix d’un vin – un symptôme d’un marché du vin encore jeune et simpliste.

Mais Mihalis Boutaris porte son regard à l’horizon. « À long terme, nous serons reconnus », dit-il. « Au bout du compte, le produit lui-même sera apprécié. C’est notre objectif. »

***

Vous désirez goûter quelques vins chinois ? Voici un petit aperçu par les experts:

Silver Heights The Summit : « C’est un vin fantastique », d’après Jeremy Oliver. « J’ai goûté le 2008 et le 2009. Très finement structuré, ce vin ressemble à un Bordeaux, mais ce n’est pas Bordeaux. Il y a quand même un parfum éthéré. Un fruit pur….. vin vraiment bien fait. »(11)

Dynasty Reserve Cabernet Sauvignon : « J’ai goûté un millésime récent », rapporte le Bordelais Alexis Sabourin du Château Crusquet Sabourin. « Il était lisse, avec des arômes de cassis exclusivement, peu persistant. Léger, mais quand même bien fait. Du niveau d’un bon vin de table français, ou d’un petit Bordeaux. »(12)

1421 Silver Chardonnay : « Un grand petit chardonnay », selon Jeremy Oliver. « Il est tout à fait distinctif, comme je n’en ai jamais goûté. Très savoureux, très réservé, très noisette, avec du caractère. Impeccablement propre, bien fait. »(13)

Grace Vineyard Rosé : « C’est un assemblage particulier de cabernet sauvignon, merlot et cabernet franc », explique le chef et sommelier de la Maison Boulud, Brian Reimer. « Avec de légères notes de pétales de rose et de fruits blancs, nous conseillons souvent ce vin lorsque nous avons des invités étrangers qui viennent en Chine pour la première fois. »

Chateau Sungod sparkling : le choix de Brian Reimer parmi les vins chinois pétillants, du producteur The Great Wall. « C’est un vin très fruité avec un corps léger », qui témoigne selon lui des progrès que la production fait en Chine.

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(1) La contrefaçon est un sport national en Chine qui touche évidemment les vins français. Même le gouvernement lutte activement contre elle : en matière alimentaire, les risques sanitaires sont graves.

(2) « That’s a long one » a en réalité répondu Michel Rolland, pour dire que ce « what » qui manquait pour produire de grands vins en Chine correspondait à un « vaste sujet ». Mais écrire cela serait accepter que la chose est possible. L’expression « un long chemin » est littéralement plus éloignée mais son sens correspond mieux au discours de leur auteur. C’est bien vu : quelques producteurs talentueux peuvent se démarquer, mais généraliser la qualité à un vignoble entier, c’est une autre paire de manches.

(2) Industry dans le texte originel : l’industrie… du vin. Bref la filière vitivinicole. Evidemment nos amis anglo-saxons ont une vision du vin beaucoup moins artisanale et traditionnelle que nous. En Californie, en Australie, etc., la structure dominante est celle du grand négociant-vinificateur alors que chez nous c’est la structure familiale (à taille humaine) qui est la plus répandue.

(3) Autre notion dont nos amis Anglo-Saxons ont une vue différente, le terroir correspond souvent pour eux au seul emplacement géographique avec son climat, faisant peu de cas de la nature du sol. Le mot climat aurait dû être employé… Cela explique que des vignes aient été plantées dans des zones marécageuses alors qu’il leur faut un sol bien drainé.

(4) Dans certaines régions, en effet, la vigne a les pieds dans l’eau une grande partie de l’année…

(5) Winery : exploitation au sens large, la winery correspond à un centre de production qui peut être une exploitation, un chai, etc., soit aussi bien une propriété disposant d’une autonomie culturale, qu’une cave coopérative ou encore une simple activité de vinification et donc de négoce. Vous l’aurez remarqué, Winery rime avec industry.

(6) Les très renommés Decanter World Wine Awards de Londres sont un concours international organisé par le Decanter Magazine. Les Anglo-Saxons ont désigné sous le nom de Bordeaux blend tous les vins faits dans un style bordelais, c’est-à-dire avec un assemblage de nos cépages

(7) Précision : des non chinois employés par des chinois… Le procédé est contestable. En droit français on ne peut être à la fois juge et parti.

Autre précision : Les grands crus sont rarement présents dans les concours, fussent-il internationaux : ils n’en ont pas besoin pour vendre, et une éventuelle contre-performance serait même dévalorisante. Dans le même ordre d’idées, ce ne sont jamais eux qui organisent ce genre de dégustations à l’aveugle. Il serait néanmoins intéressant de refaire cette dégustation en remplaçant les vins français retenus pour l’occasion (des marques de négoce) par des grands crus.

(8) « Alexis Sabourin du Château Crusquet Sabourin » ? L’amalgame est facile. Mon père et son cousin sont les responsables des vignobles Sabourin. J’ai ma propre activité indépendante (www.alexis-sabourin-wines.com), mais le Château Crusquet Sabourin produit par l’entreprise familiale est tout de même l’endroit où j’ai grandi.

(9) Le concours de Ningxia contre Bordeaux était organisé en Chine, par des Chinois. Les juges français employés par les mêmes Chinois… Les vins français étaient vendus au même prix que les vins chinois, mais pas au prix français, au prix de vente en Chine, sachant qu’ils y subissent une taxe à l’importation de 48%. Bref, les dés étaient pipés ! Mais on peut reconnaitre dans cette opération marketing visant à valoriser les vins chinois un véritable coup de maître.

(10) Torres est un géant espagnol du vin, qui vend 4 millions de caisse par an (soit 48 millions de cols !) dont les 3/4 à l’international.

(11) J’ai beaucoup de mal avec les appréciations de Jeremy Oliver, qui cite « un vin fantastique » mais avec « un parfum éthéré », ce qui s’apparente à un joli défaut.

(12) Entre nous, j’avais dit que ce vin, « à défaut d’être bon, était buvable ». Un journaliste doit garder l’essentiel… Il s’agit d’un vin a priori beaucoup plus basique que les vins de garage du Ningxia. Dynasty est un équivalent de nos marques commerciales qui ont été logiquement écrasées par les vins de garage chinois. Ce concours, transposé en France, consisterait à confronter des vins chinois comme Dynasty (env. 7€) à des valeurs sûres comme un cru bourgeois à 15 ou 20 euros. Entre les deux il n’y a pas photo. S’il était produit en France, Dynasty serait vendu au prix d’un vin de table, soit beaucoup moins que le prix auquel il est vendu réellement. Certes, le transport a un coût mais c’est tout de même bien vendu.

(13) Idem concernant Jeremy Oliver (cf. note n°12) qui semble se contredire à nouveau en évoquant cette fois un vin « très savoureux, très réservé (very reserved), très noisette, avec du caractère ». C’est peut-être lié à un problème de traduction de ma part mais un vin très savoureux et très réservé à la fois, cela me parait contradictoire également : un vin sur la réserve garde ses arômes pour lui… il pourra les révéler plus tard, en s’ouvrant avec quelques années de vieillissement, comme il pourra demeurer fermé ad vitam, sur la réserve, et donc peu expressif. On dirait presque de la publicité et c’est irritant.

De manière générale, les critiques ont l’air très généreuses en Chine. Ainsi la critique Sud-coréenne, Jeannie Cho Lee, est-elle très enthousiaste pour un vin noté 84 sur 100, soit une note assez bonne mais loin d’être excellente, évoquant d’emblée les qualités suivantes : « Very rich and full with generous flavours » (litt. « Très riche et plein avec des saveurs généreuses ») :

http://www.wine-searcher.com/wine-211732-2009-dynasty-cabernet-sauvignon-tianjin-china

L’idéal serait que je mette la main sur une de ces bouteilles pour juger par moi-même. Si cela se produit, j’y reviendrai donc sur ces pages !

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Complément du 01/12/2013

Pour rebondir sur les commentaires sous l’article, chaque année L’Express sort un numéro Spécial Vins. L’édition 2012 rapportait les commentaires d’un membre de l’équipe Bettane & Desseauve, le dégustateur Alain Chameyrat. Je les reproduis ci-dessous précédés de la mention de la région de production, puis du nom du vin, et enfin du millésime :

BLANCS

Beijing, Château Bolongbao, 2011
« Noisetté, avec du gras, c’est un vin floral aux nuances de beurre frais. Mûr, mais sans notes de caramel, il est assez vif en finale. » 15/20

Xin Jiang, Citic Wines, 2009
« Chardonnay, avec une prise de bois un peu marquée. D’un beau volume, puissant et équilibré, ce 2009 a besoin que l’élevage s’affine. » 14,5/20

ROUGES

Ning Xia, Château Cheng, 2009
« Le boisé est un peu marqué et pourrait être mieux choisi. En revanche, la fin de bouche est fraîche, fruitée, complexe et élégante. » 14,5/20

Shan Xi, Grace Vineyard, 2010
« Floral, fruité, assez complexe, ce rouge équilibré est long, gourmand. L’altitude du vignoble se retrouve dans la fraîcheur perçue dans le vin. » 14,5/20

Nei Meng, Han Sen, 2008
« Joli nez, suave en attaque. Le volume est moyen dans un style assez souple. Le tanin est fin. » 14/20

Ning Xia, HE Lan Qing Xue, 2009 (par le producteur recompensé aux Decanter World Wine Awards)
« Le nez montre des arômes de fleurs séchées, de fruits à noyaux. Dans un style de vin bien mûr, il est racé, avec une longueur complexe. » 14,5/20

Yun Nan, Sun Spirit, 2006
« Velouté, gras, avec des fruits frais. Il a la longueur d’un bordeaux générique bien fait, même si la note végétale en fin de bouche le simplifie un peu. » 14/20

Le dernier commentaire conclue bien l’impression première : des bons vins, mais pas des grands vins.
Un écart faible me surprend (par exemple un demi point sur les deux derniers vins), entre « un vin racé avec une longueur complexe » et un vin avec « la longueur d’un bordeaux générique bien fait [avec] une note végétale ». Peut-être le second est-il rattrapé par son velouté, qualité appréciable.
La notation est tout de même flatteuse. Une preuve supplémentaire qu’on peut, avec la technique moderne, faire des bons vins (presque) partout. De là à faire des grands vins, c’est une autre histoire.

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8 réflexions au sujet de « Chine : Le réveil d’un géant du monde du vin »

    1. 1/ Avec plaisir. 😉

      2/ A Bordeaux j’avais trouvé Dynasty et un autre vin dont j’ai oublié le nom chez Eurasia, mais c’est une marque commerciale dont le niveau est certainement loin d’un vin de garage du Ningxia. Il est également disponible dans certains supermarchés (Simply Market au Bouscat). Dans les grandes villes, certaines caves ont peut-être quelques références plus intéressantes. En raison de leur exposition aux Decanter Awards, ce sont des vins plus faciles à trouver à Londres qu’à Paris (ou encore Hong-Kong comme il est indiqué dans l’article). Il faut dire que le marché anglais est logiquement plus ouvert que le nôtre, qui privilégie la production nationale.

      3/ Non, aucun avis extérieur. Il s’agit d’une production de mousseux. Le climat reste très dur l’hiver : à long terme, avec le développement de l’économie (et des charges), y produire du vin sera certainement plus coûteux qu’en France. Il est possible que les investisseurs étrangers en Chine veulent faire du vin made-in-china pour satisfaire des consommateurs a priori très patriotes. Donc je dirais qu’il sera difficile de trouver des vins du domaine chinois acheté par Moët sur le marché français. Ceci dit, les Chinois sont comme tout le monde : ils veulent de la qualité et se tournent donc vers les vignobles qui ont déjà bâti une notoriété internationale, ce qui explique leur intérêt pour le Bordelais. Aujourd’hui, produire en Chine semble un pari risqué. D’où l’intérêt de créer des partenariats avec les gouvernements locaux.

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      1. Avec plaisir ;-). Merci. Il est probable que j’utilise partie de votre article pour un prochain article. Je cite toujours mes sources.

        Bonne journée,

        Stephane.
        Stéphane.

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      2. Stéphane, j’ai rajouté en fin d’article des commentaires de dégustation de vins chinois parus dans le Spécial Vins 2012 de l’Express. L’article ne dit pas s’ils sont disponibles en France.

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