La menace climatique : entre fantasme et fantaisie

Température moyenne annuelle en France entre 1900 et 2010

Évolution de la température moyenne annuelle en France entre 1900 et 2010. En un siècle, la température moyenne annuelle du pays est passée de 11° à plus de 13°. Nos vins aussi ! Bien réel, le réchauffement climatique est-il pour autant une menace ?

Les Médias ont généreusement relayé une étude américaine dont le postulat fantaisiste était certain, il est vrai, de lui assurer une couverture jusque dans la presse spécialisée : en 2050, la superficie du vignoble français sera divisée par 2 ! Précisément entre 39 et 86% de surface réduite ?!(*) Les auteurs de cette étude se mettent le doigt dans l’œil, jusqu’au coude. Voyons pourquoi.

Avant d’aller plus loin et sans remettre en cause la nationalité de cette équipe de recherche, peut-être pouvons-nous en profiter pour rappeler que le réchauffement climatique concerne également les Etats-Unis. La région viticole phare de ce grand pays, la chaleureuse Californie, a davantage de soucis à se faire…

Cette précision faite, concernant la France, si la température devait monter à l’horizon 2050 de plusieurs degrés (1, 2, 3, etc., peu importe), les conditions climatiques françaises de production (Bordelais, Bourgogne, peu importe) deviendraient alors celles de pays qui affirment haut et fort produire des vins de qualité semblable aux nôtres (et où l’on trouve effectivement des vins stars, comme… la Californie !) : outre les Etats-Unis, citons l’Australie et l’Afrique du Sud. Pour les pays d’Amérique du Sud, certaines régions sont davantage concernées. La Nouvelle-Zélande profiterait quant à elle plutôt de ce réchauffement. De plus, Bordeaux a vu l’année de la canicule, 2003, produire de très grands vins. Et 2005, millésime grandiose, était aussi une année chaude… De manière générale, il faut un grand ensoleillement et une faible pluviométrie.

Alors, qu’avons-nous à craindre du réchauffement climatique ? Les vins de Bordeaux, réputés pour leur équilibre et leur fraicheur, pourraient-ils changer et devenir lourds et alcooleux ? Il suffit de répondre que des vins de grande fraicheur sont produits en Californie et en Australie. Nos conditions climatiques se rapprocheraient de celles de nos voisins Italiens et Espagnols, où l’on trouve également de très grands vins. En revanche, plus méridionaux que la France, ces pays ont peut-être plus de soucis à se faire.

A vrai dire, à moins d’avoir peur du changement il n’y a pas grand-chose à craindre pour nos vignobles : les méthodes de production vont changer, pour ajuster le tir. Selon moi, c’est surtout l’encépagement qui va évoluer.(**) A Bordeaux, le Merlot, cépage chaleureux qui vient d’atteindre son expansion maximale après une percée fulgurante au XXe siècle, régressera au profit de cépages plus frais, moins alcooleux. On pense d’abord au Cabernet Franc voire au Cabernet-Sauvignon mais les cépages minoritaires (Petit-Verdot, Malbec, Carmenère), très présents dans un passé pas si lointain et aujourd’hui relégués à un rang anecdotique, pourraient revenir sur le devant de la scène.

Au final, en 2050, ce sont l’encépagement et les méthodes de production qui auront certainement quelque peu changé. Les cahiers des charges des AOC seront sûrement amenés à intégrer des modifications. D’autres régions actuellement hostiles à la vigne pourraient l’accueillir et de nouveaux vignobles pourraient apparaitre. La véritable menace serait donc davantage économique. Si cette étude raisonne comme un avertissement, nous n’y sommes pas encore. Ceci dit, à la place de replanter du Merlot, les vignerons girondins peuvent commencer à s’intéresser aux alternatives intéressantes qui s’offrent déjà à eux.

Pour sortir un peu du Bordelais, je conseille aux anglophones la lecture de cet entretien dans le Decanter avec Michel Chapoutier, qui juge avec réalisme que les auteurs de cetteétude ignorent tout de la viticulture. C’est peut-être par là qu’il fallait commencer :

http://www.decanter.com/news/wine-news/583814/climate-change-study-exaggerated-and-full-of-mistakes-chapoutier


(*) Source : http://www.lavigne-mag.fr/actualites/climat-bordeaux-et-la-vallee-du-rhone-menaces-des-2050-70724.html

Autre source : http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/lessentiel/ar/199/1080/rechauffement-climatique.html

(**) Difficile d’imaginer une pratique comme l’irrigation devenir autorisée en Gironde ou en France (et encore plus de devenir la norme). A moins de s’affranchir du système des AOC pour produire en Vin de France. Pour diverses raisons, une infinitésimale quantité de producteurs s’y sont déjà employés. Mais c’est un autre débat.

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