Viticulture durable ou bio, un choix cornélien

On parle beaucoup du bio, on entend aussi parler de l’agriculture durable, dont la viticulture durable est une déclinaison. A mes yeux, cette démarche est beaucoup plus pertinente dans le cadre de la viticulture car elle concilie le souci de l’environnement et les impératifs d’une entreprise viticole, qu’ils soient qualitatifs ou économiques, les deux étant liés.

Le bio, un risque pour les producteurs

Seul un raisin mûr et sain peut permettre de produire un vin de haute qualité, et il faut bien admettre que le bio n’est pas sans risques à cet égard. En atteste l’exemple récent d’un Cru bourgeois du Médoc, le Château Hourtin-Ducasse : Michel Marengo, à la tête de cette propriété de 20 hectares, a décidé de ne pas produire le millésime 2012, ce qui représente un manque à gagner de 800.000 euros.(*) Tout ça à cause d’une attaque massive de mildiou face à laquelle les seuls produits naturels se sont révélés inefficaces. Autre maladie de la vigne, l’oïdium est aussi impliqué. Pour compenser, la propriété devra vendre ses anciens millésimes, un luxe que tous les producteurs ne peuvent pas se permettre.

La viticulture raisonnée, un meilleur compromis

La viticulture durable, en préconisant l’usage des produits de traitement de manière raisonnée, présente donc une sécurité indéniable pour le viticulteur. Rappelons que la viticulture est tributaire du climat : grêle, gel, pluies battantes, sécheresse, coups de soleil… Sans parler des effets secondaires, l’humidité et les dégâts causés aux baies favorisant le développement des maladies… Si un traitement peut s’avérer salutaire, il est vrai qu’il n’est pas toujours nécessaire. Dans tous les cas, mieux vaut prévenir que guérir : le vinificateur ne fera aucun miracle avec des raisins en mauvais état.

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(*) Michel Marengo affiche sur son site un optimisme réconfortant : http://www.hourtin-ducasse.com/la-vie-de-chateau
Néanmoins, une chose est sûre, la nature fait bien les choses… mais elle n’est plus parfaite dès lors que l’homme interfère. Il serait bien difficile de faire un bon vin avec une vigne laissée à l’état sauvage. Sinon, pourquoi établir des cahiers des charges techniques établissant des conditions précises de production ? Pour éviter les fraudes, mais pas uniquement. Rendement et densité de plantation à l’hectare, cépages utilisés, etc., l’homme s’assure de maîtriser chaque étape de production car c’est une question de qualité mais aussi et surtout une question de survie : une propriété viticole reste avant tout une entreprise qui, en tant que telle, se heurte quotidiennement à la réalité économique. Dans la période actuelle, l’aspect très tendance du bio peut expliquer que le producteur prenne le choix de cette orientation afin de se différencier sur un marché vinicole très concurrentiel. Le choix de la viticulture durable me parait moins marketing, plus réaliste.

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4 réflexions au sujet de « Viticulture durable ou bio, un choix cornélien »

  1. Enfin un article qui aborde le fond de l’agriculture. Pour produire, il faut récolter ! C’est bien de le rappeler… Pour qu’une agriculture soit durable, il faut qu’elle soit économiquement viable. Pouvoir se permettre de ne pas produire sur 20 de vignes par conviction religieuse, c’est une aberration agronomique et une démarche suicidaire. Maintenant, si après cette catastrophe l’entreprise viticole arrive à faire face, on peut penser que dans le prix des bouteilles de vin était déjà intégré ce risque potentiel… Il serait bon de rappeler que ce fiasco économique s’accompagne un désastre écologique : un gaspillage énergétique et une pollution écologique qui se traduit par un zéro récolte ! Sans revenu annuel, l’entreprise doit réduire ses charges. Comment le vivent les salariés de cette exploitation, leurs emplois sont-ils menacés ? La viticulture irrationnelle ce n’est pas sans conséquence…

    Merci pour votre article.

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    1. Merci à vous, venant d’un viticulteur vos propos réchauffent le cœur en cette froide période hivernale ! Pour vous répondre, il semblerait que les emplois soient préservés puisque cette propriété a la chance de pouvoir compter sur un stock d’anciens millésimes. Cela devrait donc la sauver, pour cette fois. En fait la récolte a bien eu lieu, c’est seulement pour le premier vin qu’elle est perdue, ce qui est un moindre mal : la production est déclassée dans le second vin ou pour faire un générique, vendu beaucoup moins cher évidemment. Les raisins avaient une qualité insuffisante pour produire le meilleur vin de la propriété, donc c’est avant tout une perte qualitative, même si on se doute qu’elle soit aussi quantitative. Donc au pire c’est une perte, au mieux c’est un manque à gagner. Dans tous les cas, vos propos sont justes, une agriculture durable c’est aussi un système économique durable. Il faut trouver le bon compromis entre respect de l’environnement et pérennité économique. Cet exemple est une bonne démonstration que c’est parfois compliqué, et il doit servir à d’autres propriétés : peu ont la chance de pouvoir compter sur d’anciens millésimes pour compenser un tel incident !

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