Le Beaujolais Nouveau, nippon ni mauvais

Actualisation du 21 Novembre 2013 : Sortie du Beaujolais Nouveau. L’évènement démarre une semaine plus tard que l’an dernier. J’avais alors rédigé un article pour présenter les festivités. Si une quantité importante est consommée en France, le Japon est toujours aussi friand de ce produit qui y est apprécié pour son côté jovial. On lui y attribue aussi des vertus positives pour la peau, même si Thibault Garin, vice-président de la maison Labouré-Roi, précise au magazine Terre de Vins que les bains sont simplement colorés en violet pour l’aspect théâtral. C’est un mythe qui prend l’eau.

Article publié le 14 Novembre 2012

A Bordeaux, l’enthousiasme est peut-être moins palpable qu’au Japon. Certains sont critiques à propos du Beaujolais nouveau, d’autres diront qu’il n’est nippon ni mauvais, et beaucoup attendent avec impatience ce rendez-vous annuel. Vous l’aurez deviné suite à cette petite boutade et à l’image promotionnelle qui suit, le ton se veut léger. C’est certainement parce qu’il ne se prend pas au sérieux qu’il est apprécié.

Les festivités commencent ce mercredi soir (14 novembre) à minuit. Le terme est de circonstance, étant donné le caractère festif qui entoure le Beaujolais Nouveau. Comment décrire ce vin, qui est aux antipodes des grands crus bordelais ? Voici ce qu’on peut lire sur le site officiel de cette AOC : « Réputé pour sa jeunesse et son goût fruité, le Beaujolais nouveau est un petit vin de table qui s’apprécie accompagné d’une assiette de charcuteries ou de fromages, entre amis. A déguster avec modération, cela va de soi. »

Vous aurez noté la petite contradiction entre les termes AOC et vin de table. Pour la petite histoire, ce vin doit son nom à la ville de Beaujeu, entre Lyon et Mâcon. Le cépage principal utilisé pour produire ce vin est inconnu dans nos terroirs girondins puisqu’il s’agit du Gamay (il peut y en avoir d’autres, mais pas au-delà de 15 % dans l’assemblage). C’est un cépage précoce et fertile (les rendements sont raisonnables pour le Beaujolais, ils sont élevés pour le Beaujolais nouveau) mais peu vigoureux : de nombreuses maladies ont touché la vigne cette année. Comme ni la grêle ni le gel n’ont épargné le vignoble, la production est deux fois inférieure à la moyenne des années précédentes, de sorte que beaucoup de producteurs se trouvent dans une situation économique compliquée.

Ce vin qui s’apprécie notamment sur les cochonnailles est prisé par ses adeptes avant tout pour passer des moments conviviaux. Ceux-ci sont bienvenus dans la période actuelle. Si le Beaujolais Nouveau est la portée d’entrée du vignoble beaujolais, il existe 3 niveaux d’AOC pour les vins de qualité supérieure :
– l’AOC Beaujolais, la plus vaste
– l’AOC Beaujolais-villages, intermédiaire
– les 10 « crus » du Beaujolais qui sont des AOC communales : Juliénas, Saint-Amour, Chénas, Moulin-à-Vent, Fleurie, Chiroubles, Morgon, Régnié, Côte de Brouilly, et Brouilly.

Le Beaujolais, troisième rivière de Lyon

Un peu d’histoire pour finir avec une anecdote. Le Pinot noir est le cépage roi de Bourgogne. Au Moyen-âge, le Gamay finit par le concurrencer. Plus productif que le Pinot noir, il était donc plus intéressant pour le producteur malgré une baisse de qualité. Le duc de Bourgogne Philippe le Hardi, pensant avant tout à préserver sa table, a donc ordonné au XIVe siècle son arrachage jusqu’à Mâcon pour le réserver au Beaujolais. A la Bourgogne le Pinot noir, et au Beaujolais le Gamay, où celui-ci gagne les coteaux granitiques entre Lyon et Mâcon, faisant dire que trois rivières coulent à Lyon : le Rhône, la Saône, et le Beaujolais.

Je rapporte ici cette anecdote amusante car le Pinot noir véhicule une image plus qualitative, de part le succès des grands crus bourguignons. Les deux cépages sont cousins (en fait le Gamay descend du Pinot noir et d’un autre cépage), aussi aurait-il été intéressant de savoir si des producteurs avaient essayé de cultiver du Pinot noir en Beaujolais (et inversement). Et pour quel résultat ?

Évidemment, ces expériences sont rares. D’une part la sélection a été opérée par les Anciens (quoique dans le cas du Beaujolais c’est le fait du prince qui a imposé le Gamay au XIVe siècle). D’autre part, les cahiers des charges des AOC imposent des cépages précis de sorte qu’il faudrait étiqueter ces vins « cobaye » utilisant d’autres cépages que ceux autorisés en vin de table, et cela malgré des efforts équivalents à ceux produits pour un vin AOC, et une qualité proche, égale, supérieure… ou inférieure. Aujourd’hui, les conditions de production ont changé et seul ce genre d’expérience le dirait.

Si vous connaissez un producteur qui tente ou a tenté l’expérience, merci de laisser votre témoignage. Aux autres… bonne dégustation !

 

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