L’AOC Blaye – Côtes de Bordeaux

Note de votre serviteur : après le Médoc, je poursuis cette série sur les AOC avec cette appellation parce qu’y ayant grandi dans une famille de producteurs (je vous renvoie à l’onglet Qui suis-je ? en haut de cette page), elle me tient particulièrement à cœur. Pour cette raison, je m’attarde un peu sur l’histoire de cette cité médiévale (une visite de la Citadelle est un passage obligé si vous visitez la région !) et vous renvoie à la vidéo en bas de cette page pour le coup d’œil vitivinicole. Dernier détail :on ne prononce pas « blé », mais « blaïe » ! 🙂

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En l’an 1000, Blaye est une ville importante. Comme Bordeaux, elle est peuplée de 5 000 habitants, soit le premier foyer de peuplement du grand duché d’Aquitaine.(*) Les choses ont ensuite évolué pour Bordeaux, dont l’agglomération avoisine à présent le million d’individus (pour près de 300 000 habitants intramuros). A Blaye, un millénaire plus tard, la population compte toujours 5 000 personnes.

En revanche, l’urbanisation a chassé la vigne hors des murs de la capitale de l’Aquitaine, alors qu’à Blaye, elle a colonisé tout le canton. Du centre historique cantonné autour de la cité (notamment sur les communes de Plassac, Cars, Berson, Saint-Martin-Lacaussade, Saint-Paul de Blaye et Saint-Genès de Blaye), le vignoble ravagé par la crise du phylloxera à la fin du XVIIIe siècle a au moins triplé de dimension. Pour donner une image de sa taille originelle, celle de l’appellation des Côtes de Bourg qui n’a pas beaucoup bougé peut donner une bonne idée.

Avec cette conséquence : les Côtes de Bourg sont plus homogènes tandis que la diversité du sol amène à plus de diversité dans les ex-Premières Côtes de Blaye, renommées Blaye – Côtes de Bordeaux dans le cadre du regroupement des AOC des Côtes de Bordeaux (Cadillac, Castillon & Francs). Néanmoins, au cœur de l’AOC, les vins sont plus homogènes (il existe également une AOC Blaye, confidentielle, au niveau des meilleurs Blaye – Côtes de Bordeaux).  Il faut dire que l’AOC Côtes de Blaye, réservée aux blancs, est produite essentiellement sur les cantons de Saint-Ciers sur Gironde et de Saint-Savin.

Au commencement, la vigne arrive à Bordeaux avec la conquête de la Gaule par les Romains. Une villa gallo-romaine, sur le village mitoyen de Plassac, atteste d’une exploitation agricole de la première heure. Burdigala est alors déjà la capitale régionale. Le site de Blaye, certainement occupé par des Santons (des cousins d’Astérix qui donneront leur nom à la Saintonge), accueille alors un castrum pour recevoir une garnison. Blavia, comme l’appellent les Romains, est la contraction de bella via, soit « la route de la guerre ». La vocation stratégique de la cité, sinon militaire, est tracée : au Moyen-âge, Blaye est toujours ce point essentiel protégeant Bordeaux et prend pour devise celle de « clef de l’Aquitaine ».(**) Lors de la Guerre de Cent ans, sa prise par les troupes françaises leur ouvre l’Aquitaine : les Anglais seront définitivement vaincus à Castillon un an plus tard, en 1453.

Plus tôt, ce sont les Vikings qui ont l’occasion de visiter Blaye. Leur chef Hastings  pille en effet la ville en 848 (comme Bordeaux la même année, mais aussi Toulouse, Barcelone, Porto, Lisbonne, Marseille…). Occupée par un château fort au Moyen-âge, Blaye devient un véritable verrou quand la Citadelle est édifiée par Vauban, sous Louis XIV.(***) Pour ce faire, la cité médiévale est rasée et les habitants déplacés en dehors des murs. Le Fort-Médoc, sur l’autre rive, ainsi qu’un fort sur l’Île Paté, complètent un dispositif qui expose tout navire indésirable au feu des canons.(****) D’autres personnages importants ont été visiteurs ou résidents à Blaye, qui par exemple fût un temps résidence et nécropole des rois Mérovingiens. Redécouverte en 1960, l’antique basilique aurait par ailleurs accueilli la dépouille du neveu de Charlemagne, Roland de Roncevaux.

C’est donc dans un contexte parfois agité que s’est tracée l’histoire de Blaye, comme celle de notre pays. La viticulture, présente sans discontinuer, a bénéficié de la présence anglaise au Moyen-âge pour y exporter ses vins. Selon le professeur Roudier  de l’université Bordeaux III, ceux-ci auraient même été les premiers à bénéficier des faveurs des Anglais, avec ceux des Graves, montrant ainsi la voix aux autres vins de Bordeaux.

Voilà pour le portrait historique.

La plus septentrionale des appellations girondines parait peut-être un peu excentrée, mais finalementBlaye n’est qu’à 40 minutes de Bordeaux en voiture. Donc si vous en avez l’occasion, n’hésitez pas à y faire un saut. Si vous voulez visiter une propriété, il est préférable d’appeler avant pour prendre rendez-vous. Sinon, l’officielle Maison du Vin sur le cours principal propose quasiment tous les vins de l’appellation (au prix propriété avec possibilité de goûter chaque vin), et Cédric saura vous conseiller. La qualité mérite qu’on s’y attarde quelque peu. Que dis-je ! Aujourd’hui, le premier avantage des vins de Blaye, c’est leur excellent rapport qualité-prix !

Le terroir bénéficie d’un sol argilo-calcaire proche de celui de Saint-Estèphe, et accidenté avec de nombreux coteaux bien exposés, favorisant ainsi la maturité du raisin. Généralement souples car dominés par le Merlot, les rouges sont également des vins structurés, qui ont du corps, et de jolis arômes de fruits rouges et noirs. Les bonnes années, les meilleurs ont même un côté séveux, alors laissez-vous surprendre ! Quant aux blancs, je vous laisse regarder cette vidéo qui a le mérite de bien situer le Blayais par rapport aux autres régions viticoles bordelaises, et de vous emmener dans la Citadelle :


(*) Blaye a compté un historien en la personne de l’abbé Bellemer, contemporain du XIXe siècle. Il a laissé un ouvrage qui contient de genre d’anecdotes, disponible à ma connaissance à la bibliothèque municipale de Blaye, ainsi qu’au CDI du lycée Jaufré Rudel où j’avais pu le consulter. Etablissement scolaire qui porte le nom d’un fameux troubadour parti en croisade pour épouser une princesse, cet épisode romantique ayant inspiré une pièce de théâtre à Esmond Rostand. Par ailleurs, j’ai omis ce détail mais ce sont les Rudel  qui ont édifié un château fort au XIe siècle qu’on peut encore admirer au sein de la Citadelle. Las, après un premier essai non transformé, les tours ont été rasées par le Duc d’Aquitaine venu défendre l’honneur d’un vassal. Le site est assez bien conservé. Des panneaux révèlent tous ces détails sur place.

(**) Bon en réalité « Aquitaniæ stella clavisque » en latin, qui veut dire exactement Étoile et clef de l’Aquitaine. Néanmoins, il y a fort à parier que le terme « étoile » soit apparu avec l’édification de la Citadelle de Vauban, justement en forme d’étoile.

(***) Si le gros-œuvre a lieu entre 1685 et 1689, la construction a été entamée en 1652 et achevée en 1705 !

(****) Il était impossible, vu la portée relative des canons à l’époque, de protéger le passage uniquement depuis la forteresse. Avec un fort sur la rive gauche de la Gironde et un sur l’île Paté, un navire ennemi aurait été pris entre deux feux peu importe de quel côté de l’île il aurait imaginé passer. Cette prise entre deux feux est le concept même de la Citadelle dont la forme en étoile expose à deux angles de tir les assaillants éventuels.

 

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