Présentation du Château Crusquet Sabourin (et mise au point)

Article actualisé le 26 septembre 2013

Pour deux raisons, je ne pouvais plus faire l’impasse sur cet article. Premièrement parce que le nombre d’entrées sur ce blog relatives au principal vin que produit ma famille ne cesse d’augmenter, et qu’aucun renseignement ne figure sur mon site. Deuxièmement parce qu’on continue à confondre régulièrement le Château Crusquet Sabourin dans l’aire de production de Blaye avec le Château Sabourin, un Bordeaux AOC, qui pour porter le même patronyme que les miens n’a aucun rapport avec eux. Donc avec le vin encore moins. Dorénavant, cette précision sera faite, et les amateurs du Crusquet Sabourin ou les curieux auront sur cette page des renseignements exhaustifs avant même d’aller sur le site de Sabourin Frères ou sur alexis-sabourin-wines.com ou je reprends une partie de ces informations.

Pour plus de clarté, présentons d’abord Sabourin Frères, qui est l’entité commerciale des vignobles Sabourin, dont le Château Crusquet Sabourin est le domaine principal. Si l’entreprise familiale entretient également une activité de négoce pour satisfaire une exigeante mais fidèle clientèle particulière (basée en Normandie et à Paris depuis 8 générations), l’essentiel des ventes provient des vins produits par la maison : le Château Miquelon en Bordeaux AOC, le Château Bellevue, le Château Cône-Taillasson Sabourin et enfin le Château Crusquet Sabourin (*) en Blaye – Côtes de Bordeaux AOC, déjà présents dans le paysage viticole blayais au XIXe siècle et répartis respectivement sur les communes voisines de Saint-Martin-Lacaussade, Plassac, Blaye, et Cars, le tout dans un rayon de 5 kilomètres environ. Notons qu’à cette époque ces propriétés étaient toutes classées comme crus bourgeois par les négociants bordelais. Seul le Crusquet Sabourin bénéficiait encore très récemment de cette distinction pour les raisons suivantes : les secousses politico-économiques qui ont touché sévèrement à plusieurs reprises le monde viticole dans la première moitié du XXe siècle ont fait disparaitre l’usage de cette mention pour beaucoup de propriétés ; et puis de nos jours une propriété ne peut revendiquer la mention « cru bourgeois » que pour un seul de ses vins ; enfin la nécessité d’avoir une différenciation qualitative entre eux afin de présenter une carte cohérente conduit de toute manière à en distinguer un devant les autres. Aujourd’hui, le Crusquet Sabourin ne bénéficie plus de la mention « cru bourgeois » malgré une qualité indéniablement au niveau comparativement à la moyenne de ceux du Médoc. Je ne développerai pas davantage le sujet ici tout en vous renvoyant à l’article que j’y avais consacré en début d’année : https://alexissabourin.wordpress.com/2012/01/12/pourquoi-la-situation-juridique-des-crus-bourgeois-de-blaye-nest-pas-encore-regularisee/

Avant d’aller plus en avant, un petit topo historique s’impose. La 14e édition du Féret, Bordeaux et ses vins (la Bible des vins de Bordeaux, qui recense l’énorme majorité des exploitations), publiée en 1991 présente le Château Crusquet Sabourin en ces termes : « L’ancien domaine du château Crusquet, dont la production était entièrement absorbée depuis plus de cent ans par une clientèle particulière, fut divisé en 1964. » Après la séparation, j’en ai fait état quelques lignes plus haut, le mode de fonctionnement n’a pas changé, pour nous comme pour nos cousins du Château Crusquet de Lagarcie dont nous profitons de l’occasion pour les saluer chaleureusement.

Sur la qualité du vin, le Féret se veut précis : « De nombreuses récompenses ont été attribuées, tant aux Concours des grands vins de France qu’au Concours général agricole de Paris, au château Crusquet Sabourin et aux autres vignobles. » Entendre par vignobles, les autres vins de la maison. Précis, et exhaustif :

« Citons des Médailles d’Or pour les millésimes 1964, 1970, 1973, 1975, 1976, 1980, 1983 et 1986 ; des Médailles de Vermeil pour les récoltes 1966 et 1970 ; des Médailles d’Argent pour les années 1970, 1975, 1976, 1977, 1979, 1980, 1981, 1984 et 1985 ; des Médailles de Bronze pour les millésimes 1974, 1977, 1979, 1981, 1982, 1983 et 1986. »

Une parenthèse sur le mode de fonctionnement des concours est de mise : une médaille d’or, par exemple, n’est pas attribuée au meilleur vin de son appellation pas plus que celle d’argent est attribuée à un meilleur second. Ça, c’est uniquement pour les Jeux Olympiques ! Plusieurs vins peuvent recevoir la même médaille car celle-ci représente simplement le niveau requis pour l’obtenir (ce qui distingue néanmoins un niveau théorique difficile à atteindre en pratique, surtout en ce qui concerne la prisée médaille d’or).

Pour en revenir au Château Crusquet Sabourin, le millésime 2010 – le prochain à être commercialisé – a été récompensé de la médaille d’or au Challenge International de Bourg, mais également d’une belle médaille de bronze aux Decanter World Wine Awards 2012, le concours organisé par la plus prestigieuse revue spécialisée britannique auquel il était présenté pour la première fois (depuis, le magazine Decanter a attribué la note de 16,5 sur 20 au millésime 2009 dans son numéro de décembre 2012). Par ailleurs, le Château Bellevue y a obtenu la distinction précédant la médaille de bronze, « Commended » (Recommandation). Assez peu considéré en France, le bronze revêt ici une toute autre ampleur. Pour donner un ordre d’idées, aucun Pomerol ou Pauillac présenté n’a eu l’or, rarement l’argent, et des Haut-Médoc soit dit en passant nettement plus chers n’ont pas fait mieux, voir moins bien. Loin de moi l’idée de dénigrer les autres appellations bordelaises dont je suis le premier à mettre en avant l’excellence, mais le Blayais dont le Crusquet Sabourin est une des valeurs sûres gagne à être (re)connu. Et il me plait d’en être le messager car in fine c’est aussi le consommateur qui y gagne.

Le 2010 n’est pas encore commercialisé sur le site mais pour dire deux mots sur le Château Crusquet Sabourin en général, c’est un vin équilibré, caractérisé par sa finesse, élégant et souple, avec la rondeur caractéristique du Merlot, qui révèle généralement des notes de fruits rouges (cerise et fraise), mais aussi noirs (mûre, bien affirmée sur le 2009, et cassis), avec des tanins présents mais bien intégrés, conformément à la politique de la maison.

Justement, quelle est la politique de la maison ? C’est simple, le crédo est le suivant : le bois ne doit pas masquer le fruit. Le cacao, la vanille, le tabac, tous les arômes issus de l’élevage, c’est bien joli (effectivement l’élevage en fûts améliore le vin), mais cela ne doit pas non plus masquer l’identité du cépage cultivé pour produire ce vin. Les arômes de fruits, souvent rouges (cerise, fraise, framboise) pour le Merlot et généralement noirs (mûre, cassis mais aussi réglisse) pour le Cabernet-Sauvignon, qui sont les deux cépages majoritaires, doivent s’exprimer sans l’entrave du bois mais avec sa complicité. Pour résumer, celui-ci est un moyen, pas une finalité. De fait, les barriques utilisées pour l’élevage du Château Crusquet Sabourin sont des barriques de un vin, terme désignant des barriques déjà utilisées (achetées auprès d’un grand cru ou d’un tonnelier) et dont l’usage permet un élevage davantage en souplesse, avec des tanins moins droits, moins sévères, et un goût moins marqué qu’avec des barriques neuves, qui conviennent avant tout aux plus grands vins (même si souvent, les crus classés utilisent aussi des barriques de un vin, justement pour éviter que le boisé soit trop présent). Donc le but est de préserver le fruit et d’obtenir une texture agréable. Un excès de bois masque le fruit et rend le vin trop astringent.

En conclusion, un mot sur le Château Sabourin est nécessaire. Sans être médisant, la mise au point est devenue impérative si elle ne l’était pas déjà, dans la mesure où mes propres amis se font avoir ! Il s’agit d’une propriété proche de Saint-André de Cubzac, à environ 20 kilomètres de Blaye, donc en Bordeaux AOC, qui n’a absolument rien à voir de près comme de loin avec la maison Sabourin Frères qui est située à Cars, à 2 kilomètres de Blaye. Son existence est beaucoup plus récente, et sa notoriété moindre. Sa commercialisation, contrairement aux vins de la famille Sabourin, est faite en supermarchés. Or le seul supermarché de France et de Navarre où vous trouverez le Château Crusquet Sabourin est le centre Leclerc de Blaye, qui permet d’avoir une représentation locale (de la même manière qu’à la maison des vins de Blaye). Bien des clients de Sabourin Frères se sont déjà plaint après avoir cru faire une bonne affaire dans leur supermarché. La confusion est donc préjudiciable dans la mesure où si le prix des deux vins n’est pas le même, la qualité non plus ! Pour le reste, nous vous appelons à la vigilance si vous avez un doute sur l’origine du vin, et à simplement regarder le nom du producteur sur l’étiquetage de la bouteille (qui sert aussi à cela) : s’il est inscrit « Sabourin Frères, producteurs à Cars », c’est bon !


A titre complémentaire

REVUE DE PRESSE – concours, guides et citations par millésime

                                                                        2006
Guide Hachette des Vins (**)

                                                                        2007
Concours des grands vins de France – Mâcon : ARGENT
Le Grand Classement des Vins de Bordeaux, Rémy Poussart – 14,4 : « Robe rubis, dense, limpide et brillante. Nez épicé avec du tabac, des notes végétales et des cerises rouges. Bouche bien équilibrée sur les mûres, les framboises et les cerises. Matière acidulée et métallique. Finale courte sur l’amertume. Dégusté durant le premier trimestre 2011. »

                                                                        2008

Concours de Bordeaux des Vins d’Aquitaine : ARGENT
Bettane & Desseauve
Terre de Vins n°16 mars/avril 2012 – 13,5 : « boisé neuf encore dominant, bouche ample, généreuse, chaleureuse, fruité mûr, finale un peu abrupte. Il doit encore s’affiner. »

                                                                        2009
Decanter Magazine : 16,5 /20 (vol.38 n°3, décembre 2012) « Rich, generous black fruit nose, with abundant fruit. Broad, rich and dense, yet it is not extracted or overworked and the tannins are well integrated. Alc: 14%. Drink 2012-2017. 16.5pts/20 (88pts/100) »
Concours de Bordeaux Vins d’Aquitaine : ARGENT
Guide des Vins Gilbert et Gaillard 2009 (OR)
Coup de cœur WineAlley.com et L’Amateur : « ce vin apparaît dans une robe rouge sombre, presque noir. Le nez de fruits mûrs s’agrémente d’un boisé soutenu. Ronde et ample, la chair se développe sur une trame tannique qui demande encore à se fondre mais semble prometteuse. Un fruité plein de fraîcheur vient conclure la dégustation »

                                                                        2010
Challenge International du Vin de Bordeaux : OR

Decanter World Wine Awards 2012 : BRONZE


(*) Une cuvée prestige du Château Crusquet Sabourin a été produite plusieurs fois par le passé. Il s’agissait grosso modo de la meilleure cuve de Crusquet, donc quasiment du même vin. Pour la première fois avec le millésime 2011, Sabourin Frères a produit un vin haut de gamme complètement différent : LeoparduS. C’est un vin de garage qui correspond à une sélection des meilleures parcelles de l’exploitation (une de Merlot et une de Cabernet-Sauvignon), avec un rendement et un élevage particulièrement soignés permettant d’obtenir plus de volume et de densité comparé au Crusquet. 3.000 bouteilles ont été produites sur 0.6 hectares et c’est un essai transformé puisque le bois est parfaitement intégré et la texture très agréable. Si vous désirez en savoir plus, LeoparduS est disponible sur www.alexis-sabourin-wines.com


Au cas où vous seriez tombés sur ce blog en cherchant le site de Sabourin Frères :

http://www.sabourin-freres.com/

Consulter la fiche du Château Crusquet Sabourin sur notre boutique :

http://www.alexis-sabourin-wines.com/tous-nos-vins-rouges/2-chateau-crusquet-sabourin.html

4 thoughts on “Présentation du Château Crusquet Sabourin (et mise au point)

  1. Je viens de boire un Château Crusquet 1945 – 1er Cru Cars Gironde – Appellation 1ères Côtes de Blaye Contrôlée et dont les propriétaires sont de Lagarcie et Sabourin.
    Les deux familles étaient ensemble à cette époque.

    Si le vin ne pouvait cacher un certain côté poussiéreux, qui limitait surtout le final, le vin racontait quand même de belles choses, avec une belle structure.
    Vous pourrez voir les photos sur mon blog dans quelques jours :
    http://www.academiedesvinsanciens.com

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  2. M. Audouze, merci pour pour votre analyse et pour votre lien. Votre commentaire, d’une part au regard des vins dégustés le même jour (parmi lesquels Dom Pérignon 1971, Filhot 1891, La Conseillante 1928), d’autre part en raison de l’ancienneté du millésime, est à la fois surprenant et élogieux. Permettez-moi de le reproduire ici en deux temps :
    – A l’ouverture, à 18h30 –
    « Le Château Crusquet Premières Côtes de 1945 a un nez (…) poussiéreux (…) et j’ai un peu peur d’un difficile rétablissement de ce vin. »
    – Puis sur une belle pièce de bœuf, au dîner-
     » Le nez a encore de la poussière. L’attaque est belle mais c’est surtout sur le final que l’impression de poussière est désagréable. Au fil de la dégustation, la poussière s’atténuera mais sera quand même marquante. Le vin présente toutefois de l’intérêt, car il a du corps et un fruit encore vivant. Sa couleur est surprenante de vigueur. »

    Qu’un grand dégustateur et grand collectionneur comme vous soit tombé sur cette bouteille ne devrait pas me surprendre. Mais du haut de mes 28 ans, le fait de savoir que vous avez pu apprécier ce flacon de près de 40 ans mon aîné nourrit un sentiment personnel très particulier pour lequel je vous suis reconnaissant.

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