Et la Chine s’éveille…

Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera.

Cette citation de Napoléon Ier, encore réduite à sa dimension prophétique quand parait l’ouvrage éponyme d’Alain Peyrefitte en 1973, semble enfin se conjuguer au présent. L’Empire du Milieu est en passe de devenir une superpuissance, si ce n’est déjà fait : la plus grande aviation du monde, une technologie en voie de modernisation, une conquête spatiale bien amorcée, son économie en pleine croissance, l’arme nucléaire et, au passage, parce que ça compte – c’est le cas de le dire -, une part majeure dans le financement de la dette de l’Empire Américain.

La Chine viticole, elle, est un microbe. La production chinoise ne suffit pas à sa consommation intérieure, et la priorité donnée aux cultures vivrières par le gouvernement ne devrait pas changer la donne. La Chine vinicole, elle, se distingue surtout par la quantité de ses importations. Ce faisant, il existe bel et bien une production de vin made in China. La mauvaise réputation qui était accolée à celle-ci serait-elle en passe de changer ? La Chine du vin s’éveillerait-elle ? Le monde du vin doit-il trembler ?

De facto, pendant des années, le vin chinois était surtout fabriqué à partir de moûts de raisin importés de Nouvelle-Zélande, un peu comme les vins Californiens à partir de moûts chiliens, et si ce phénomène persiste certainement – il s’agit de marques commerciales -, un phénomène nouveau est apparu avec la volonté de produire un vin de qualité, ou la possibilité de le faire. Preuve en est du récent concours « Bordeaux contre Ningxia » organisé dans cette province du Nord de la Chine et dont les dix dégustateurs français et chinois ont consacré la production locale à la surprise générale. Générale dites-vous ?

La dépêche de l’AFP est tombée comme un couperet. Avec Ningxia dans le rôle du bourreau. Les ondes radiophoniques propagent la nouvelle : des vins de Bordeaux vendus plus de 25 euros la bouteille, nettement battus par des vins chinois. Présenté de cette façon, il s’agit évidemment d’un séisme. A Bordeaux, un vin vendu 25 euros est un grand cru, c’est-à-dire un excellent vin. Plusieurs crus classés du Médoc comme de Saint-Emilion tournent autour de 20 euros. Sauf que le concours avait lieu en Chine : en raison des intermédiaires et du transport, un vin vendu à l’export est vendu plus cher que dans son pays d’origine, et une taxe d’importation de 48%, excusez du peu, pénalise nos vins à l’arrivée.

Nos vins, quels sont-ils justement ? Des « petits » crus classés ? Pas vraiment : un Lafite Saga 2009 (le seul primé lors du concours, arrivé 5e), un Saint-Emilion Kressmann 2008, un Médoc Calvet réserve de l’Estey 2009, un Bordeaux Cordier 2008 et un Médoc Mouton Cadet 2009. Autrement dit :que des marques commerciales, des vins génériques. Ceci n’est pas représentatif du savoir-faire de nos producteurs (à la rigueur, de nos négociants). Et surtout, en France, ces vins valent généralement moins de 10 euros.

Mais les producteurs chinois ont vu juste : ils n’avaient rien à perdre à se frotter à la réputation des Bordeaux qui jouissent d’un énorme prestige dans le monde et surtout dans leur pays, où Ningxia est relativement peu connue pour ses vins. Rien à perdre donc, mais tout à gagner : une « défaite » aurait paru logique, ainsi cette « victoire » est un succès. Précision importante, les vins consacrés sont tous issus de petits volumes, des vins de garage. Finalement, ce concours confrontait les meilleurs vins chinois à nos marques génériques.

Que dirait-on si l’on avait comparé les marques génériques chinoises aux meilleurs crus français ? Cela étant, n’enlevons pas leur mérite à ces vins. Le sol de cette appellation est riche en graves et aurait apparemment un potentiel certain : la véritable découverte est là. En septembre dernier, un vin rouge de Ningxia avait déjà créé la sensation à Londres en remportant un des prix les plus importants aux Decanter World Wine Awards (le Decanter est un magazine britannique influent, publié dans 90 pays, ses prix font donc référence).

A Bordeaux, on a un terroir formidable, mais bien souvent quand on parle du terroir on a tendance à oublier qu’il ne s’agit pas uniquement du sol. D’autres éléments entrent en compte, comme le savoir-faire. Or celui-ci n’ayant pas échappé au mouvement mondialiste, il ne faut guère s’étonner que d’autres latitudes ayant un sol et un climat adapté à la culture de la vigne produisent maintenant, après de longues années d’approximations, des vins honorables.


La dépêche de l’AFP

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