Bonne Année 2012 ?

C’est en écrivant ce premier article que j’adresse mes vœux les meilleurs aux surfeurs et… à la filière viticole. La crise qui frappe le monde du vin n’a pas attendu celle des subprimes, qui n’a fait qu’amplifier une situation déjà bien délicate. Les premiers touchés sont, comme bien souvent, les producteurs. Mes pensées vont donc d’abord vers eux.

Les grands crus paraissent planer au-dessus de ces considérations, mais à Bordeaux comme ailleurs, une aire de production a toujours besoin d’une élite pour la tirer vers le haut, lui servir de vitrine. Indirectement, les retombées pour les crus et productions moins prestigieux sont importantes. Les marques de négoce qui permettent d’écouler une part non négligeable de la production – Malesan, Blaissac, Baron de Lestac et consorts – de même que de nombreuses propriétés, auraient-elles un tel succès commercial sans l’aura des grands crus ?

Evidemment à Bordeaux, grand cru rime souvent avec Cru Classé. Sans leur existence, la marque Bordeaux – dont la valeur se chiffre en centaines de millions d’euros – n’aurait pas la même force. Les difficultés rencontrées aujourd’hui tiennent certes à la crise économique actuelle, mais le microcosme vinicole connaissait une crise propre dès le changement de millénaire, soit déjà depuis une dizaine d’années. La baisse de la consommation nationale liée à l’évolution démographique et à la répression routière se double de tares à l’international : la concurrence de nos voisins Italiens et Espagnols, ainsi que des pays qu’on ne doit dorénavant plus appeler « nouveaux producteurs », s’est accrue.

Nos voisins, peut-être touchés plus tôt que nous, ont plus rapidement emprunté l’arme principale des anciens nouveaux producteurs : le marketing ! Ce mot était encore inconnu à Bordeaux jusqu’au milieu des années 90. Partant du principe que nos vins étaient les meilleurs, nous n’avons pas vu le coup venir. Alors le gigantisme des structures en Californie ou en Afrique du Sud a juste pour égales nos plus grandes coopératives, et encore, de sorte qu’une simple propriété ne peut lutter, surtout quand une aire de production comme Bordeaux compte plus de 50 appellations différentes ayant chacune son propre intérêt en ligne de mire.

Mais le marketing, plus qu’un budget, c’est avant tout de la communication. Beaucoup d’étiquettes sont encore illisibles car surchargées, or ça commence par là. La crise a comme opéré une sélection naturelle : les crus de faible qualité n’ont pas survécu. La production est plus qualitative et plus homogène, phénomène conforté par les progrès toujours constants de l’œnologie.

Le tableau n’est pas forcément aussi sombre qu’on pourrait le penser. Sur le marché national, les consommateurs boivent moins, mais boivent mieux : la qualité n’est pas suffisante mais elle est nécessaire, et recherchée. Des marchés émergent à l’export… Pour l’heure, c’est la Chine qui nous sauve avec des importations massives, mais d’autres marchés s’ouvriront plus tard. La concurrence se poursuit évidemment. La Chine, justement, se met à produire des (bons) vins. Le récent concours disputant des vins rouges chinois à des vins rouges bordelais, les premiers dominant les seconds à la surprise générale, nourrit le débat, et les craintes. Il ne le faut pas : c’est encore de la communication !

En confrontant leurs crus à des vins bordelais, c’est toujours à la référence que nos amis chinois voulaient se mesurer. Et profiter aussi un peu insidieusement pour faire connaitre leurs crus, il faut le dire, de la notoriété de nos vins car ceux-ci n’étaient pas choisis au hasard et il ne s’agissait pas, comme on a pu le dire, de grands crus, très loin de là. Les prix élevés étant justifiés par une taxe de 48% sur les vins… importés. Mais ceci fera l’objet d’une prochaine note(1).

Alors, 2012 sera-t-elle une bonne année ou pas ? Personne n’a la réponse, mais même si les indices économiques sont mauvais, au moins la qualité dans le vignoble devrait être au rendez-vous. Le réchauffement climatique n’a pas que des inconvénients !


(1) « Et la Chine s’éveille… » publié le 7/01/2012 (cliquez sur le titre pour ouvrir dans un nouvel onglet)

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